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Art et culture

Le Festival de Cannes est-il engagé ? 1/2 – La programmation

Pour sa 75e édition, on s’est demandé quel était le regard du Festival de Cannes sur la société d’aujourd’hui.

J’ai passé 7 jours en immersion totale au Festival de Cannes, et ce séjour m’a amené à me poser la question suivante, quel est le regard du Festival de Cannes sur la société d’aujourd’hui.


Si vous voulez mon avis, le Festival de Cannes n’a jamais été aussi engagé, on retrouve dans un bon nombre de films en compétition une note d’engagement et de dénonciation.

Outre la sélection officielle, de nombreuses autres catégories existent à ce jour à l’occasion de cet événement, la Quinzaine des Réalisateurs, la sélection ACID, Cannes Classics ou encore la Caméra d’Or. J’ai pu assister à sept projections de la Quinzaine des Réalisateurs suivies par des échanges avec les réalisateurs et acteurs.

La sélection ACID

La principale raison de ma venue à Cannes, c’est mon statut de jury étudiant pour la sélection ACID. Nous étions un bon nombre d’étudiants cette année à décerner le prix à Audrey Diwan pour son film bouleversant et haletant L’Evénement qui a obtenu le Lion d’or à Venise.

L’Evènement est une adaptation du roman de Annie Ernaux, traitant de l’avortement clandestin dans les années 60.

Un sujet d’autant plus d’actualité car l’Oklahoma a décidé ce mercredi 25 Mai de revenir sur ce droit fondamental en bannissant tout avortement dès la fécondation. « J’avais promis aux habitants de l’Oklahoma qu’en tant que gouverneur, je signerais toute loi pro-vie qui se présenterait à moi, et je suis fier d’avoir tenu cette promesse aujourd’hui » a déclaré le républicain Kevin Stitt dans un communiqué. « Dans l’Oklahoma, nous défendrons toujours la vie », a-t-il ajouté. Kevin Stitt devient donc un nom de plus sur la liste des hommes qui ont pris une décision concernant la vie des femmes.

Et quand je dis « vie » je pèse mes mots. Audrey Diwan lors de la remise du prix étudiant à Cannes, déclare la gorge nouée et emplie d’émotions « Nous sommes allés présenter le film aux Etats-Unis lorsque l’arrêt Roe v.Wade a été remis en question, et à l’issu de la projection, des jeunes femmes sont venues me voir et m’ont dit, nous sommes les femmes qu’y allons mourir. »

Annie Ernaux, son livre, et le film l’Evènement sont la preuve vivante que l’avortement clandestin est d’une dangerosité extrême, et c’est un risque que devront prendre les femmes de l’Oklahoma désormais si elles souhaitent interrompre leur grossesse.

Le prix Cinéma Consécration est décerné par France culture à Sergei Loznitsa un cinéaste Ukrainien, qui a effectué un discours prônant la paix et l’amour tout en remerciant l’aide apporté par les Français à son pays.

Et pour finir, le Coup de cœur des jeunes ACID-France Culture revient à Little Palestine de Abdallah Al-Khatib, un journal filmé qui suit le destin des civils pendant le siège brutal imposé par le régime Syrien.

Un discours bouleversant de Abdallah Al-Khatib qui affirme que le soutien mis en place par la France envers l’Ukraine est magnifique à voir, mais que les Palestiniens sont en guerres depuis des années, et qu’ils n’ont jamais bénéficié d’une telle entraide. Il ajoute qu’il est très heureux d’être là mais regrette d’avoir eu autant d’efforts à fournir pour en arriver là.

De nombreux films tout aussi puissants étaient en compétition, comme Un monde de Laura Wandel qui traite de l’harcèlement scolaire avec une justesse émouvante à hauteur d’enfants, ou encore l’Affaire collective de Alexander Nanau qui dénonce la corruption massive du système de santé publique suite à un tragique incendie dans une discothèque de Bucarest qui a fait 64 morts et 154 blessés.

Le palmarès du Festival de Cannes

L’engagement est à son paroxysme pour la sélection ACID, mais il n’en est pas moins du palmarès de cette 75e édition du Festival de Cannes. La Palme d’or est attribuée à Sans filtre de Ruben Östlund, le réalisateur Suédois qui avait déjà été primé en 2017 avec son film The Square. Sans filtre est une satire prenant place sur une croisière où un couple de mannequins et influenceurs est invité sur un yacht après la Fashion Week. Ruben Östlund dénonce à nouveau la société dans laquelle nous vivons, basée sur le capitalisme, il met en avant le principe de l’exploiteur et l’exploité.

Les frères Dardenne ont eux reçu un prix spécial pour leur film Tori et Lokita sur le thème de la clandestinité, ce film raconte l’histoire de Tori et Lokita deux exilés venus s’établir en Belgique.

Lors de leurs discours les frères Dardenne dédient leur film au boulanger bisontin Stéphane Ravacley. « Quand on préparait notre film en janvier 2020, il y a un boulanger de Besançon qui a fait une grève de la faim pendant 12 jours pour qu’on n’expulse pas de France son apprenti qui était africain de Guinée et ça c’était formidable et notre film nous le dédions à ce Monsieur, à Monsieur (Stéphane) Ravacley de Besançon ».


Le Festival de Cannes prône depuis toujours le cinéma des quatre coins du monde, une manière efficace d’informer sur des conditions étrangères peu médiatisées en France.

L’initiative Ecoprod

Nous ne pouvons pas omettre que le secteur de l’audiovisuel émet l’équivalent de 1,7 millions de tonnes de CO2 par an selon une étude menée par Ecoprod en 2020. Pour la première fois et désormais chaque année, le prix Ecoprod récompensera le long-métrage produit de la manière la plus éco-responsable possible. « Il permettra de souligner que la création artistique et sa reconnaissance dans les festivals les plus prestigieux ne sont absolument pas antinomiques avec une démarche environnementale responsable. »

Il est donc évident que le regard du Festival de Cannes sur la société est, on ne peut plus engagé. L’art et la culture en général sont devenus des domaines d’expression et de revendication très efficaces et atteignables par le grand public.

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